Depuis quelques jours, les clichés d'une partie de pêche en forme de massacre tournent en boucle sur Internet et soulèvent l'indignation de nombreux Calédoniens....... Un napoléon qui atteint allègrement 1,20 mètre ; 120 à 150 langoustes dont certaines sont « grainées », c'est-à-dire en phase de ponte, des poissons en veux-tu en voilà. Et au milieu, cinq pêcheurs chasseurs, posant fièrement devant l'appareil photo pour immortaliser ce qui s'apparente à un pillage compulsif du lagon. Ces clichés, pris au cours du long week-end des 22, 23 et 24 septembre, se sont retrouvés sur Internet, il y a quelques jours. Sans doute à la suite d'un règlement de comptes. Depuis, ils font le tour de la toile en Calédonie et soulèvent partout le même flot de commentaires indignés. « Inconscients, viandards, saccageurs de l'environnement, pilleurs du lagon », sont quelques-uns des qualificatifs qui reviennent le plus souvent. Signe de l'évolution des mentalités : il y a seulement quinze ans, ces clichés n'auraient été que la preuve fièrement exhibée d'une pêche miraculeuse. Avec des chasseurs trônant devant leurs trophées, comme autrefois les tueurs de bisons ou d'éléphants, qu'ils massacraient jusqu'à l'indigestion. Faut-il pour autant s'étonner de ce comportement chez des gens qui n'en ont manifestement pas besoin pour vivre ? « L'arrivée des beaux jours et l'approche des fêtes de fin d'année, c'est l'époque où l'on cherche à remplir les congélateurs de langoustes » observe un océanographe. « Mais c'est aussi l'époque où l'on observe un pic de reproduction de ces crustacés, ce qui rend leur pêche bien plus pénalisante pour l'espèce. Manifestement, ces cinq personnes ont rencontré des circonstances exceptionnelles de mer calme, qui leur ont permis d'aller ramasser des langoustes de platier en un lieu qui n'est sans doute praticable que quelques jours dans l'année. D'où la razzia. » La chance, soit. Mais pourquoi ne se sont-ils pas arrêtés au bout de quelques dizaines de prises ? « Même si les mentalités changent, quand on part à la pêche, l'exploit consiste encore trop souvent à remplir la glacière. Là, ils en ont rempli toute une série. » Sans avoir ni l'excuse de l'ignorance que la pêche de loisir doit obéir à des règles, à une éthique, ni l'excuse d'être des gens modestes qui vivotent de leurs prises. La taille de leur bateau, amarré au port de Nouméa, montre que l'on n'a pas affaire à des malheureux. Et pourquoi avoir capturé ce Napoléon ? « C'est une espèce menacée, protégée un peu partout dans le monde, y compris en province Nord, où ils auraient commis un délit. Mais en province Sud, pour le moment, il n'y a pas encore de réglementation.» Ce qui ne saurait sans doute tarder car les élus provinciaux du Sud ont naturellement reçu eux aussi ces clichés. Ils semblent décidés à agir promptement pour que de tels carnages soient réprimés, et à terme éradiqués. Sans quoi, avec l'essor démographique et l'accroissement du nombre de bateaux dans le Grand Nouméa, le lagon sud est promis à la désertification. Source : Les Nouvelles Calédoniennes, le 11 10 07 |
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