Avant le chalutage des frayères, le CBE interpelle la grande distribution.

Les premières réponses parviennent au Collectif Bar Européen.
 En voici la teneur, assortie de nos commentaires.

Le Centre Leclerc de Saint-Nazaire renonce à son initiative de suspendre la vente de bar sauvage
info mise en ligne le 23/02/2006
 
La courageuse "rébellion" n'aura duré que 4 ou 5 jours.
 Samedi 18 février, face aux actions conjuguées de certains pêcheurs pros de la Turballe et de leur représentante (la présidente du Comité Local), le Directeur du Centre Leclerc de Saint-Nazaire a décidé de faire machine arrière et de reprendre la vente de bars sauvages.
 Dans une courte déclaration faite à Ouest-France en date du 21 février, il explique que son action "ne visait pas à nuire à une profession". Dans ce même article, la présidente du Comité Local déclare pour sa part en substance que si l'espèce bar était en danger les pouvoirs publics en auraient alerté la profession et que dès lors que ce n'est pas le cas, il n'y a aucun raison de s'alarmer. L'article reprend également des propos attribués à IFREMER selon lesquels "le chalutage des frayères n'a qu'une incidence marginale sur le renouvellement des stocks"

 Dans tous les cas, cet épisode, même s'il a rapidement tourné court, aura eu l'énorme avantage de mettre le débat sur la place publique : En dehors de l'article d'Ouest-France, le sujet a été abordé dans le 19/20 de FR3 Pays de la Loire du 22 février avec Interviews

  • De la présidente du Comité Local de la Turballe
  • D'un expert d'IFREMER La Rochelle
  • D'un membre du Bureau du CBE

Le tout en moins d'une minute 30. C'est à la fois peu et beaucoup : le débat qui a été ouvert ne se refermera pas "tout seul" et on en reparlera à court terme (dès que les tonnages de débarques de bars seront officielllement annoncés) et à moyen terme (dès l'automne prochain à la veille de la campagne hivernale).

 Au vu de ce qui s'écrit et se dit ici où là, il semble bien que certains, lassés de cette situation qui perdure d'année en année (et peut-être encore plus cette année que les précédentes), soient "remontés comme des horloges". Si ces protestataires, pour le moment isolés mais relativement nombreux, parviennent à se regrouper, le débat pourrait alors prendre une toute autre tournure...

 

Centre E. Leclerc de Saint-Nazaire (44)
 info mise en ligne le 18/02/2006
 
 Suite au communiqué de presse paru dans la revue «Presse Océan», le directeur de ce centre a adressé le courriel suivant au CBE : «Le rayon poissonnerie du Centre E. LECLERC de SAINT-NAZAIRE s'engage dès maintenant et pour les prochaines campagnes à ne plus commercialiser de bars sauvages pêchés sur les frayères.» Au cours d’un entretien téléphonique faisant suite à ce courriel, celui-ci a précisé que, étant exploitant indépendant du centre, il avait pris cette décision de façon unilatérale.

Commentaire :
 Il est important de noter que cette décision a été prise par le seul directeur du centre et qu’il ne s’agit donc pas d’un arrêt commun à l’ensemble des magasins de l’enseigne E. Leclerc. On peut néanmoins espérer que d’autres directeurs de centres, tout aussi sensibles aux arguments du CBE, prennent des décisions similaires prochainement.

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Réponses de Carrefour et Casino
 info mise en ligne le 18/02/2006
 
Carrefour
 Carrefour expose dans son courrier les mesures qu’il a prises pour garantir la conformité de ses approvisionnements en produits de la mer («Nous veillons à respecter et faire respecter la réglementation, notamment les tailles minimales des produits de la mer (…). Carrefour s’est doté d’une équipe d’agréeurs qui vérifient chaque nuit sur nos plateformes la conformité des produits»). Les chiffres précis fournis pour les infractions constatées lors des contrôles mis en place par Carrefour indiquent que «la part des non-conformités liées à la taille réglementaire s’élève à 2,6% en nombre» (c’est à dire que 2,6% des produits contrôlés sont sous taille légale).

 L’enseigne Carrefour met ensuite en avant sa politique en termes de gestion des ressources halieutiques : «Afin de limiter la pression sur les ressources halieutiques, nous favorisons le report des volumes de vente vers des espèces d’aquaculture. Ainsi en 2005, 68% des ventes de bar étaient d’origine aquacoles» avec une «diminution de la part marine dans les aliments utilisés pour nos poissons d’élevage».

 Carrefour annonce également son engagement en faveur d’une «sélection d’engins de pêche plus sélectifs» et la création d’une gamme spécifique «pêche responsable» pour 5 espèces de poissons vendus en surgelées (cabillaud, flétan, dorade sébaste, limande et loup de mer).

 Point d’orgue, sur les emballages de ces surgelés, une «communication spécifique à la gestion des ressources halieutiques pour le consommateur en espérant que la pédagogie nécessaire à ce type de dossier permettra à chacun de modifier son acte d’achat pour un achat plus responsable».

Casino
 Après avoir indiqué que «l’ensemble des achats de poissons frais sont réalisés chez des mareyeurs référencés qui eux-mêmes achètent sous criée», Casino précise que «les opérateurs sont soumis à l’obligation de respect des tailles biologiques des espèces» et que «donc en théorie les poissons sous taille ne devraient pas être présents en criée». Une façon d’expliquer que si des poissons sous taille légale pouvaient être présents chez Casino, le problème serait du ressort du mareyeur, voire du pêcheur. Le site Internet du CBE a été consulté par Casino avant de nous fournir sa réponse : «Comme indiqué sur votre site Internet, la France a effectivement été condamnée (…) pour manquement grave (…) concernant notamment le respect des tailles minimales biologiques de capture». Et d’indiquer ensuite que «cette condamnation a eu pour effet l’intensification des contrôles (…) y compris dans nos magasins» et que «à ce jour aucune infraction n’a été constatée», avant de conclure qu’il est «improbable que vous retrouviez des poissons sous taille dans nos magasins».

 Au sujet de la fermeture des marchés de certaines espèces en période de reproduction, Casino se dit («tout comme votre association» NDR : le CBE) «favorable à la préservation des ressources marines et au respect de l’environnement». Et que «concernant le bar, notre planning de commercialisation est fonction des périodes de pêche : l’été, notre offre est constituée principalement de bar d’élevage et l’hiver nous transférons nos achats sur du bar sauvage, puisque c’est celui-ci qui est proposé à la vente par les mareyeurs». Encore une fois, Casino rejette la responsabilité de cette commercialisation sur ses intermédiaires, et enfonce le clou en indiquant que «dès lors que ce produit se retrouve sous criée, ce qui laisse penser que l’administration (s’appuyant sur l’avis des scientifiques concernant la ressource) en a permis le débarquement et la commercialisation, nous sommes susceptibles de l’offrir à nos consommateurs dans nos points de vente» et que «dans l’objectif de préserver les ressources marines, si une décision (…) était prise de ne pas commercialiser certaines espèces en période de reproduction, nous nous y associerions bien évidemment».

Commentaire :
 Les positions prises par l’un et l’autre méritent la plus grande attention, mais on notera bien évidemment la volonté de l’enseigne Carrefour d’inscrire le fonctionnement de sa composante Produits de la Mer dans une perspective de développement durable et de responsabilisation de ses clients, tandis que Casino semble ne vouloir et ne s’engager qu’à respecter la réglementation actuelle tout en supportant les éventuels écart de ses fournisseurs et intermédiaires.

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