Plan Une croissance particulièrement lente Incidence de ces données sur la pratique de la pêche récréative * Pour en finir avec la (fausse) querelle du no kill
Le bar européen (Dicentrarchus labrax) fréquente les eaux entre la Norvège et l'Afrique du Nord, y compris celles de la Méditérranée où il porte le nom de «loup». C'est un poisson de la famille des serranidés taillé pour le «passage en force». Comme tous les serranidés, il dispose d'opercules piquants ou coupants dont les plus dangereux sont celui situé en arriere de l'ouie et la première dorsale.
L'oeil est d'un gris presque blanc et cerné d'une bague de couleur dorée. Les couleurs du dos et des flancs peuvent varier suivant l'habitat et le régime alimentaire ; en revanche le ventre est toujours d'un blanc éclatant. On le rencontre le plus souvent à la surface ou dans quelques mètres d'eau, sauf en hiver ou il peut descendre à plus de 100 mètres de profondeur. Il est essentiellement attaché à la bande cotière mais peut s'éloigner du bord en quète de nourriture. C'est un carnassier, un chasseur qui se gave de petits poissons (sardines, sprats, anchoix mais aussi muletons et jeunes maquereaux) ; il est à l'occasion cannibale et ne rechigne pas à dévorer un barset. Il complète ce régime à l'aide de coquillages (moules ou huitres cassées par la tempête) et de crustacés (crevettes et crabes). En résumé, peu de matière vivante le rebute. Le bar a la capacité de très bien s'adapter à l'eau saumâtre des estuaires voire à l'eau douce comme le montrent certaines expériences réalisées dans l'aquaculture. Le loup méditerranéen, à la difference de ses congénères d'océan, affectionne particulièrement les eaux peu oxygénées des ports, celles saumâtres des étangs et remonte les fleuves côtiers sur plusieurs kilomètres. Certains spécimens ne quittent même plus ces zones pour frayer en mer durant l'hiver. Beaucoup de sites personnels proposent des pages très fournies sur la biologie et les moeurs du bar; nous vous recommanderons celle-là pour sa richesse.
Une croissance particulièrement lente Le bar est un poisson qui a une grande espérance de vie théorique et une croissance très lente. Il convient de préciser espérance de vie théorique car on peut très légitimement se demander si un bar a actuellement une chance de «mourir de sa belle mort» avant d'être chaluté. La croissance du bar est plus rapide que celle du mulet mais plus lente que celle du lieu :
Bar tels qu'on en voit rarement mais dont on espère en voir encore longtemps: Le bar européen (Dicentrarchus labrax) fréquente les eaux entre la Norvège et l'Afrique du Nord, y compris celles de la Méditérranée où il porte le nom de «loup». En Manche, un spécimen pesant dans les 4,5 KG pour une longueur totale de 72 cm aura en moyenne 20 ans mais il pourrait aussi bien en avoir 13 ou 30 s'il vivait ailleurs. La croissance est très variable en fonction du sexe du poisson et de la zone géographique :
(source «Les poissons de mer des pêches françaises» ; Quéro/Vayne (pp.179-180) Delachaux et Niestlé) Quand il atteint la taille de 50 cm, le bar s'isole peu à peu de la «meute» et devient un solitaire qui s'associe souvent à d'autres espèces pour chasser (orphies, daurades royales et surtout mulets). Les prises record répertoriées remontent à un quinzaine d'années :
À mentionner également, un spécimen exceptionnel le 09/02/01 dans un chalut à Jersey: 9,52kg. Le tableau ci dessous résulte de l'analyse des tailles et poids sur un échantillon de 430 prises se situant entre avril 2001 et octobre 2002. Même si les chiffres sont à considérer avec le recul nécessaire à la lecture de toute statistique, les écarts constatés sont suffisamment significatifs pour que se dégage une tendance de fond :
(*) L'échantillon bateau 2001 était trop peu représentatif (20 poissons) pour qu'on puisse établir une comparaison entre les deux années.
Pendant les mois d'octobre et de novembre les poissons sexuellement matures entament une immuable migration qui « vide » la Mer du Nord et la zone est de la Manche au fur et à mesure que la température de l'eau diminue. Les poissons qui ont passé l'été sur les côtes de Norvège, du Danemark, du Royaume Uni, d'Allemagne, de Hollande, de Belgique et Nord de la France convergent vers des zones d'hivernages situées au large du pays de galles où ils se rassemblent en d'énormes concentrations couramment appelées « grandes frayères ». Le but de cette migration est de trouver dans les grandes profondeurs, la température d'eau qui déclenchera le processus d'ovulation chez la femelle et celui de la génération de la semence chez le mâle. En mars et avril, les poissons « transhument » en sens inverse et sur le chemin du retour, ils frayent plusieurs fois en pleine eau, généralement en mai et juin, toujours en fonction de la température de l'eau. Les études menées par Donovan KELLEY depuis plus de 30 ans ont montré que les bars, à partir de leur maturité sexuelle, reviennent tous les étés au même endroit. Pour étudier les migrations on utilise la technique de pose de marqueurs ou «tags».
Incidence de ces données sur la pratique de la pêche récréative
Pour en finir avec la (fausse) querelle du no kill Concernant le bar, le no kill (remise à l'eau systématique des poissons capturés) est affaire uniquement de conscience individuelle. Celui ci n'étant pas classé dans les poissons dits «de pêche sportive», rien n'oblige aucun pêcheur à remettre à l'eau le poisson qu'il vient de «piquer» dès lors qu'il est maillé. Au delà de ce choix, il faut quand même «tordre le coup» à une idée couramment répandue (et relayée récemment encore par une revue dans son éditorial): La remise à l'eau d'un poisson ne provoque pas la dispersion du banc dont il faisait partie ou du moins elle ne la provoque pas plus qu'un raté. Même si certains guides de pêche relâchent les bars en fin de sortie (après les avoir conservés dans un vivier), les exemples sont nombreux de prises successives dans une chasse avec relâché systématique. Nous voyons plutôt dans cette accusation à l'égard des pratiquants du no-kill un soutien détourné envers des méthodes de pêches bien plus contestables au regard de l'éthique que le réel énoncé d'une réalité ayant un quelconque fondement scientifique. Maille légale et maille biologique Maturité sexuelle du bar selon les zones géographiques:
De ce tableau, il ressort très clairement que les mailles légales actuelles (25 cm en Méditerranée et 36 cm sur les autres littoraux) ne prennent pas suffisamment en compte les réalités biologiques de l'espèce dans l'optique d'une préservation durable de l'espèce et particulièrement en ce qui concerne les femelles. En effet, en Manche et en Mer du Nord (où s'applique la maille légale de 36 cm), on n'a à ce jour jamais trouvé un spécimen femelle sexuellement mature de moins de 42 cm. Or il est impossible de distinguer un mâle d'une femelle sans pratiquer l'autopsie du poisson.
C'est pourquoi le respect de la maille légale ne suffit plus : il faut s'autodiscipliner sur une maille biologique qui limite au minimum le risque de s'approprier un poisson qui ne s'est jamais reproduit. Le bar présente un réel intérêt pour le pêcheur dès lors qu'il atteint ses 10 ans et qu'il pèse entre 2 et 3 Kg. Malheureusement, la réglementation autorise à les capturer à la moitié de cet âge, quand ils ne mesurent que 36 cm (25 en Méditerranée). C'est pourquoi, à ces mailles légales, nous opposons une maille biologique de 42 cm et encourageons les pêcheurs récréatifs à s'y tenir. L'enjeu du respect de cette maille biologique de 42 cm est donc important.
L'âge d'un bar peut être déterminé en lisant les stries présentes sur ses écailles, comme on lirait l'âge d'un arbre en examinant le tronc qu'on vient de scier. Cette opération porte le nom d'analyse scalimétrique.
Comme mentionné plus haut la frai des bars se prolonge sur le parcours de retour des grandes frayères. Il est donc important de ne commencer sa saison de pêche qu'après le 1er avril. Avant cette date la probabilité de capturer des bars en cours de reproduction est en effet trop importante dans la perspective d'une approche éthique et durable de la pêche récréative. De manière générale, il faut à tout prix proscrire les hameçons en inox: En effet, en cas de casse, les sucs digestifs du bar viennent rapidement à bout d'un hameçon ordinaire et celui-ci est réduit en quelques jours. L'inox résiste à ces sucs gastriques et l'hameçon reste alors en place, provoquant une plaie permanente qui condamne le spécimen à une mort aussi lente qu'inéluctable. Dans le même ordre d'idées, puisque notre spécimen «halieutiquement intéressant» pèse au moins 2 kg, il est important de choisir des tailles d'hameçons qui réduisent au minimum le risque d'engamage par des juvéniles (souvent voraces):
L'expérience a depuis toujours montré que notre poisson «intéressant» ne sera en aucun cas effrayé par une bouchée conséquente au surfcasting ou par un leurre bien armé. Enfin, ne pas hésiter à mater les ardillons des hameçons, ce qui garantit souvent un décrochage sans dégâts. Contrairement à une autre idée reçue, ce n'est pas l'ardillon qui tient le poisson mais la main du pêcheur et sa façon de le brider : vous ne perdrez pas plus de poissons avec des hameçons sans ardillons. |
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